Avoir la vista ou le petit guide pratique du partage de la charge mentale

Guide_Charge_Mentale_P1«  C’est facile de repérer un footballeur qui en a dans la tête. Le joueur intelligent, c’est celui qui anticipe, qui voit en avance ce qui va se passer, celui qui a la vista comme on dit. » 1
La charge mentale est souvent considérée comme un fatigant mécanisme cérébral, perturbant et lourd à porter ; une maladie dont il faudrait se débarrasser.

Elle est pourtant une des plus belles expressions de la complexité de notre cerveau.

La charge mentale, c’est l’intelligence du jeu, la vista, ce moment magique où tout s’enchaîne magnifiquement, ce flow tant recherché.

Car, la charge mentale n’est pas lourde en soi.

Ce qui est lourd, c’est de la porter seul.

Seul, au milieu de l’équipe, il sait, il voit, il ressent, il pressent, dilué dans l’espace et le temps.
Plein d’énergie, il va tenter d’emmener toute l’équipe, la tirer vers la victoire.
Mais non soutenu, non accompagné, au bout d’un moment, il va s’essouffler.
Il va jouer alors solo, tenter le tout pour tout.
Puis il va s’épuiser, s’énerver, se relever encore, et tomber à nouveau.
Pour, parfois, finir par s’effondrer et abandonner.

Une équipe qui gagne, c’est une équipe dont tous les joueurs possèdent la vista.

Lorsque la charge mentale est partagée, lorsque chacun participe à cette danse, à cette musicalité, elle disparaît.

Si l’on devait décrire un instant de vista quotidienne dans une famille, cela pourrait être : vous passez devant la corbeille de linge, vous remarquez qu’elle est pleine, vous faites le tri et lancez la lessive avec le bon programme. Votre conjoint arrive quelques heures plus tard, voit la corbeille de linge vide, se dirige vers la machine pleine, la vide et l’étend. Une fois le linge sec, votre fils/fille l’enlève de l’étendage puis le trie. Votre conjoint prend alors le relais, le repasse et plie. Et enfin, chacun prend ses affaires pour les mettre dans son placard, à la bonne place.

Fluidité, agilité, anticipation, justesse, alliance du talent individuel et de l’esprit collectif.
Aucun appel de balle, aucune attente, l’intelligence du jeu partagée :  la vista quotidienne.

Cette intelligence du jeu partagée est le fondement d’une équipe qui prend du plaisir en jouant, le fondement d’une ambiance détendue, d’où peut émerger la joie d’être ensemble, la joie de vivre le quotidien même le plus banal.

Voici donc, le petit guide pratique du partage de la charge mentale.

 

Qu’est-ce que la charge mentale, comment apparaît-elle et comment disparaît-elle ?

Il vous est sans doute déjà arrivé d’acheter une nouvelle voiture. Alors que vous ne l’aviez jamais remarqué avant, vous vous mettez soudainement à la voir de partout, cette nouvelle voiture.

Notre inconscient est vigilant à ce qui nous occupe l’esprit. Un sujet nous intéresse, et c’est l’ensemble de nos sens qui est en éveil, à l’affût d’informations complémentaires.

Commencez à vous intéresser à quelque chose et automatiquement votre cerveau vous amènera à la conscience des actions et des pensées relatives à ce sujet.

Ne vous est-il en effet jamais arrivé, au détour d’une discussion, de vous inquiéter soudainement pour une personne présente dans votre série favorite ou au sein du livre que vous êtes en train de lire ?

C’est ainsi. Tant que les dossiers sont ouverts, nos cerveaux ne cessent de nous les ramener à la conscience.  Vous n’avez pas terminé un travail ; vous serez assailli de pensées à son sujet, et ce, tant qu’il ne sera pas enfin clos.

La charge mentale est, par essence, automatique et inconsciente.

Elle est indissociable de l’action, elle en est sa conséquence naturelle.

La charge mentale n’est jamais un choix.

Il est donc profondément absurde de demander à quelqu’un de lâcher prise, d’arrêter de penser à des choses, s’il continue à les gérer quotidiennement.

Il est aussi profondément absurde de reprocher à quelqu’un de ne pas avoir pensé à faire quelque chose s’il ne le fait pas régulièrement de sa propre initiative.

Suffirait-il alors, pour transférer la charge mentale, que l’un se mettre à faire, et que l’autre s’arrête de faire ?

C’est ce que l’on croit souvent.

Mais cela ne marche jamais ; et ce, même s’il y avait une profonde et sincère bonne volonté des deux côtés.

Cela a même l’effet inverse de celui escompté : cela provoque souffrance, rancœur, dépit et amertume.

Se mettre à faire, clairement, n’est pas suffisant.

 

Faire n’est donc pas suffisant ?

Après deux dribbles majestueux, votre coéquipier vous fait une passe parfaite, là juste devant le but, et… vous shootez à côté.

Une fois, deux fois, trois fois, quatre fois… au bout d’un moment, vous vous rendez bien compte que votre coéquipier vous fait moins la passe, commence à jouer perso et qu’il tenter de marquer seul…

FAIRE la tâche, oui.

Mais il ne s’agit pas simplement de faire.

Il s’agit déjà de faire CORRECTEMENT.

Et le débat sur “correctement” est la toute première raison de l’échec des tentatives de transfert de charge mentale.

Celui qui sait, celui qui fait habituellement, est tellement compétent qu’il ne se rend pas compte à quel point c’est complexe. Des années de pratique ont tout simplement supprimé sa capacité à comprendre la difficulté de ce qu’il fait.

Ainsi, très souvent, il ne sait pas se mettre au niveau, est impatient et critique à la moindre erreur.

A l’inverse, celui qui ne sait pas et qui ne fait pas est tout juste incapable d’imaginer la complexité et l’ampleur de la tâche. Il pense, soit que c’est simple et ne voit donc pas en quoi cela pourrait être un problème, soit que c’est trop complexe, et abandonne alors à la première difficulté, à la première critique et il repasse alors en mode passif.

Et on se retrouve alors avec ce florilège d’excuse :

“mais lâche donc prise et accepte que je fasse moins bien ou de manière totalement différente” ou alors “je continue de faire parce que sinon, c’est mal fait et je suis obligé de tout refaire ensuite…”, ou “je ne saurai jamais repasser, et puis, de toute façon, ça ne sera jamais assez bien”

Étrange.

Personne n’imagine apprendre à faire du vélo en une seule journée et personne n’imagine apprendre à quelqu’un à faire du vélo en une seule journée. C’est pourtant exactement ce qui se passe tous les jours dans la majorité des foyers.

Qui donc imaginerait gagner la coupe du monde en prenant 11 personnes motivées dans la rue, en les mettant sur un terrain avec un ballon et en attendant quelques mois ?

Celui qui sait doit devenir entraîneur, avec tout ce que cela implique de pédagogie, de compréhension, de tolérance, de patience et de méthode.

Celui qui ne sait pas doit devenir apprenant, avec tout ce que cela implique d’énergie, de volonté, d’exigence, de discernement, d’humilité, de patience, d’entraînement et d’ouverture d’esprit.

Et l’ensemble de ces qualités sont capitales dans la réussite du processus de transfert.

Quelques conseils pour l’apprenant :

  • Si la râpe à fromage est rangée à droite du grand plat, c’est qu’il y a une très bonne raison et vous ne l’avez pas encore comprise. Votre super idée de la mettre à côté des couverts, cela n’en est pas une.  Sérieusement, vous arrivez dans une nouvelle équipe, et vous allez donner des conseils les toutes premières semaines ?  Alors non, respectez les traditions, observez, demandez ce qu’il faut faire, pratiquez, puis ensuite, quand vous aurez bien compris tous les tenants et les aboutissants, vous pourrez proposer, modifier, améliorer…
  • Vous pouvez faire moins bien, en effet, mais seulement au début. Cela doit rester passager, cela ne peut être un objectif en soi. Faire la vaisselle, le ménage, le repassage, il y a un objectif : que la vaisselle soit propre, que la maison soit propre et que le linge n’ait plus de pli. Si vous continuez à croire que votre conjoint est plus exigeant que vous, c’est peine perdu. Changer un pneu, cela se fait bien ou cela ne se fait pas. Cela peut effectivement être fait différemment, mais le résultat lui, ne doit jamais être négocié.
  • De la technique et de l’expérience, il y en a même dans les tâches les plus simples. Vous croyez savoir ranger ? Regardez autour de vous et posez votre regard sur chaque chose qui n’est pas “rangée”. Demandez-vous alors si vous savez seulement où cela se range ? La toute première compétence du rangement, et elle est souvent oubliée, c’est de savoir où les choses se rangent. Notre cerveau est même tout simplement aveugle aux choses dont il ne connaît pas le lieu de rangement. Apprenez où se rangent les choses, et vous prendrez conscience du désordre, et automatiquement, vous vous mettrez à ranger.
  • Il suffit de travailler quelque chose pour arriver à bien le faire. Si vous ne repassez pas bien, il suffit de bosser le sujet. N’importe qui est capable de repasser, et de bien repasser.
  • Il n’y a rien de pire que d’intervenir à moitié ou sans avoir préalablement travaillé un sujet. Si vous décidez d’un seul coup de vous mettre à faire la cuisine pour être sympa, vous venez de prendre la place du joueur d’échecs qui avait cinq coups prévus à l’avance dans sa tête et vous jouez un pion au hasard. Soyez assuré que cela n’est pas comme cela que vous allez aider et réussir à alléger la vie de votre conjoint.
  • Vous êtes multitâche. Le multitâche est la capacité à laisser tourner des tâches de fond tout en s’occupant d’une autre tâche. Et TOUT être constitué d’un cerveau en est capable. C’est exactement ce que nous faisons quand nous conduisons, nous sommes capables de gérer la vitesse, la direction, les autres voitures autour de nous, les panneaux de signalisation, la température de l’habitacle, le volume de la radio, et parfois même une communication téléphonique…
    Avec un peu d’entraînement, il est tout à fait possible, quel que soit le sexe, de mettre l’eau dans la casserole, passer dans l’autre pièce et revenir intuitivement pile au moment où l’eau se met à bouillir. Le flow. Celui qui reste devant la casserole en attendant que l’eau bout manque juste d’entraînement.

 

Maintenant quelques conseils pour l’entraîneur :

  • Vous êtes un expert qui s’ignore et la chose la plus basique pour vous peut être une montagne pour l’autre. Usez de pédagogie, et de compréhension. L’autre ne va pas réussir du premier coup et va mettre du temps. Assurez-vous aussi que l’autre a bien compris et qu’il sait faire, même ce qui vous semble le plus trivial.
  • Restez pédagogue à tout moment : si votre conjoint, après quelques entraînements, a pris pour la première fois l’initiative de faire une quiche et l’a parfaitement réussi en totale autonomie, évitez de lui demander dès votre arrivée dans la maison : “est-ce que tu as bien pris les œufs les plus vieux”?
    En faisant comme ça, vous allez générer dans la tête de l’autre la phrase la plus destructrice du transfert de charge mentale « quoi que je fasse, de toute façon, cela ne sera jamais assez. »
    Bien sûr que c’est une question importante mais vous pourrez lui dire après avoir savouré avec plaisir le repas, et avec tout le tact et la bienveillance nécessaire : “au fait, je te le dis juste pour la prochaine fois : pense à prendre les ingrédients les plus anciens”.
    Comme ça, il pourra juste le rajouter à sa liste avec humilité, progresser, s’améliorer ; et faire encore mieux la prochaine fois.
  • Pendant des années, vous avez aiguisé votre œil au détail, vous voyez la moindre erreur, le moindre grain de sable qui va mettre en l’air toute votre organisation. Comprenez que l’autre est débutant, alors, guidez, aidez, accompagnez vers le savoir.  Et surtout : laissez-lui de la place, laissez-lui du temps et de l’espace pour apprendre. Si vous faites avant ou si vous reprenez tout de suite les erreurs, vous risquez de totalement le démotiver. Par exemple, s’il se met à préparer les tenues des enfants la veille au soir, évitez de tout changer au moment de les habiller.
  • Vous avez le sentiment d’en faire beaucoup plus et de porter beaucoup plus de charge mentale. Cependant, cela ne doit pas être évoqué. C’est une source de disputes et de discussions parfaitement inutile. Aucun des deux n’a conscience des charges mentales de l’autre, c’est l’essence même de la charge mentale : quand elle est portée par une personne, l’autre ne peut pas la ressentir. Votre conjoint a donc d’énormes charges mentales dont vous n’avez absolument pas conscience. Si vous mettez en cause n’en serait-ce qu’une seule (« oh, ça va, ce n’est pas bien compliqué ça, ce n’est pas une charge mentale »), le sentiment d’injustice généré sera destructeur. L’objectif est de partager les charges mentales ; pas de les critiquer, de les juger ou de les jauger.
    Il existe même parfois des charges mentales que l’on ne souhaite pas du tout partager et pour lesquels on souhaite juste de la considération et de la reconnaissance.

 

Enfin, quelques conseils pour l’entraîneur et l’apprenant :

  • Chacun possède un seuil de tolérance différent pour chaque chose. C’est normal et même souhaitable. Mais alors quel référentiel choisir ? Cette question de l’exigence ne va pas de soi, c’est une question qui DOIT être posée, discutée, débattu avec un état d’esprit ouvert des deux côtés. Et il faut arriver à s’entendre réellement et sincèrement, au préalable. Si le débat reste ouvert, ce sera toujours source de conflits et de tension et le transfert ne pourra se faire.
    Cependant, au cours de ce débat, il y a une erreur à ne surtout pas commettre : il ne faut jamais l’aborder suivant le prisme de la rationalité. Il n’est pas plus rationnel de vouloir une maison rangée qu’une maison en vrac, ni plus rationnel de vouloir des vêtements sans aucun pli que de se ficher d’être tout froissé.  Le seuil de tolérance touche à l’intime, à la psychologie, à la culture, à l’histoire personnelle, il est par définition irrationnel et il convient de le voir ainsi des deux côtés, l’accepter et le respecter.
    Il est beaucoup plus efficace de discuter des souffrances. Qu’est-ce que chacun peut faire comme pas vers l’autre sans trop souffrir, quelles concessions sont possibles ? Il y a parfois des personnes qui ne peuvent tout simplement pas supporter le moindre détail de travers. Il faut l’accepter avec compassion, voire commencer un travail plus profond pour amorcer une évolution, et, pas à pas, trouver un terrain d’entente.
    Déjà, souvent, en se mettant à faire, on remarque des choses que l’on ne remarquait pas avant et notre seuil de tolérance évolue naturellement. Et inversement, en arrêtant de faire, notre seuil de tolérance évolue naturellement : on accorde moins d’importance à certaines choses, on lâche prise.

Apprendre à faire bien, apprendre à faire correctement. S’entraîner, répéter, corriger, s’améliorer.

Telle devrait être la première volonté de chacune des personnes engagées dans le processus de transfert de charge mentale.

Mais cela ne sera jamais suffisant sans un travail essentiel : le travail de l’attention.

 

Acquérir les réflexes – le travail de l’attention

Votre coéquipier est derrière votre ligne de réparation et réussit parfaitement un contre. Il remonte le terrain et, tout en gérant la balle, il passe son temps à vous dire où vous devez vous positionner, vous appelle, vous dit de faire attention aux gars qui vous marquent, vous fait des signes….

Vous n’êtes pas là, vous êtes ailleurs, vous attendez que l’on vous dise ce que vous avez à faire.

Vous attendez patiemment que l’on vous dise où vous placer, quand jouer et à qui renvoyer la balle.

Vous jouez certes super bien mais vous êtes un robot. Vous êtes un exécutant.

Rien, aucun esprit d’équipe, aucune intelligence du jeu.

Le joueur intelligent, c’est celui qui anticipe, qui voit en avance ce qui va se passer.

Savoir quoi faire, à quel moment, savoir où est-ce que vous vous trouvez au sein du jeu et comment lui donner du rythme et de la musicalité.

La dernière clé du transfert est précisément située ici : savoir observer, savoir sentir, savoir où être et à quel moment, savoir où trouver l’information, saisir les signes et savoir ensuite quoi faire.

Devenir acteur du jeu.

Faire permet de commencer l’entraînement
Faire correctement permet de pouvoir être intégré à une équipe
Voir les signes, anticiper, vous permettra de gagner et de prendre du plaisir en jouant.

Cela n’est pas magique, personne ne pense automatiquement à mettre un goûter dans le cartable des enfants. Et pour le coup, il n’y a aucune technique particulière, ni d’ensemble de tâches complexes. Si cela arrive à la conscience, c’est que le réflexe a été acquis.

Et acquérir un réflexe, cela se travaille.

Il est important d’aiguiser ses capteurs, d’apprendre à être attentif.

Il faut apprendre à détecter les signes.

Pour penser à acheter des fruits et légumes en rentrant du boulot, il ne faut pas essayer de s’en rappeler en rentrant du boulot, non.

Si vous vous tapez la tête à une branche en sortant de votre voiture en arrivant chez vous, vous ne pouvez pas croire qu’un simple “bon, demain, je fais attention” pourrait fonctionner.

Pour penser à acheter des fruits et légumes en rentrant du boulot, il faut apprendre à regarder quotidiennement l’état de la corbeille de fruits et du bac à légumes, et il faut apprendre à vous poser la question, au moment où vous rentrez dans la voiture : “qu’est-ce que je dois acheter en rentrant ?”.

Vous apprendrez ainsi à voir. Et à chaque fois que vous allez ouvrir le frigo, vous allez être capable de savoir ce qui manque un en seul coup d’œil et savoir quoi acheter.

Et c’est pareil avec le linge. Lorsque vous rentrez dans la salle de bain, il faut apprendre à regarder la corbeille à linge. Et, à regarder VRAIMENT la corbeille à linge, c’est à dire à regarder avec l’intelligence du jeu : je sais ce qui se passe avant, ce qui se passe après, et je sais quoi faire devant la corbeille pleine.

Saisir les signaux d’alerte et savoir quoi faire. C’est la clé.

Un pilote d’avion est capable en un coup d’œil de voir si l’ensemble des indicateurs sont au vert. Quand on possède la charge mentale, on va stresser quand l’indicateur va commencer à changer de couleur : le tas de linge, les activités qui s’accumulent….

Si le copilote réagit au bon moment, cela libère le pilote de cette charge.

Il suffit donc que l’un fasse CORRECTEMENT une tâche de sa propre initiative AU BON MOMENT pour que l’autre s’arrêter naturellement de la faire ; et la charge mentale sera automatiquement transférée.

Et tout est lié, un cercle vertueux se mettra en place : quand on fait la poussière régulièrement, on remarque la poussière ; quand on achète régulièrement les fruits, on se rend compte que la corbeille est vide. Et petit à petit, vous allez intégrer d’autres informations, voir de nouveaux signes, et faire chaque jour mieux que la veille.

Cela fonctionnera. L’équipe sera capable de gagner.

Arriver à ce stade est déjà une réussite en soi. Mais, malheureusement, cela ne sera, souvent, pas suffisant.

Car, sur le terrain de la vie, il y a des centaines de ballons, et des centaines d’adversaires qui passent leur temps à vous mettre des bâtons dans les roues (la maladie du petit dernier, le clou sur la route, la surcharge ponctuelle de travail, l’ensemble des aléas de la vie…).

Le cœur de la réussite, c’est l’agilité.

Car une action, ce n’est pas récupérer une balle, c’est jouer en équipe pour marquer un but.

Car une action, ce n’est pas juste “mettre une lessive”, c’est : “avoir du linge propre plié dans son placard”

Il est donc sain et nécessaire que chacun apprenne à faire l’ensemble des tâches.

Non seulement cela permettra cette agilité vitale, mais cela aura un effet collatéral extrêmement intéressant : cela améliorera la qualité de nos réalisations.

Par exemple, étendre le linge, ce n’est pas jeter des vêtements sur des bouts de fil de fer, c’est un art complexe, qui ne peut être véritablement compris, que lorsque l’on a appris à repasser. Le jour où vous passerez deux minutes de plus sur une manche qui a été laissée en boule pendant le séchage, vous ne laisserez plus jamais une manche en boule quand vous étendrez. Cela donne aussi du sens à ce que vous faites, vous savez pourquoi vous le faites.

Je prends alors un peu plus de temps pour étendre correctement car j’ai de la compassion pour celui qui va repasser, et j’en connais l’ensemble des difficultés.

Autre exemple : les courses. Si vous prenez l’initiative d’aller faire les courses sans connaître l’état de la corbeille de fruits et du bac à légumes, le planning de la semaine qui vient, les quantités pour un repas, c’est parfaitement inutile, c’est comme de vouloir ranger alors que l’on ne sait pas où les choses se rangent.

 

La VISTA quotidienne

Et c’est comme cela que l’on atteint le stade ultime du partage de la charge mentale : n’importe qui peut reprendre n’importe quelle tâche à n’importe quel moment.

Il n’y a plus d’avant-centre ou d’attaquant et de défenseur. L’ensemble des joueurs peut prendre à chaque instant tous les postes. Il y a des différences bien sûr, des talents individuels, des compétences différentes, des envies différentes. Mais l’équipe peut se nourrir de ces différences car il y a le flow.

C’est ce flow, cette agilité qui permettra de s’adapter à tous les aléas de la vie, de reconfigurer l’organisation en temps réel.

Et surtout, posséder ce flow permettra de conserver en permanence, le plaisir de jouer, le plaisir de partager le quotidien, quelles que soient les conditions.

JPRX

1 : Pierre Parlebas

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